The Limited Times

Now you can see non-English news...

En Charente-Maritime, un procès sur fond de guerre de l’eau

2021-01-13T20:00:50.286Z

L’opposition entre les agriculteurs et leurs opposants fait rage dans la région sur fond de projets d’irrigation. Et cela dégénère parfois.


« Si la justice ne marque pas le coup, ça sera perçu comme de l'impunité. Leurs engins peuvent être mortels », estime Julien Le Guet, l'un des porte-parole du collectif Bassines Non Merci (BNM). Ce militant se trouvait à la Grève-sur-Mignon (Charente-Maritime) le 25 juillet 2019 lorsque deux jeunes agriculteurs ont frôlé à deux reprises, au volant de leurs tracteurs, un groupe de manifestants, de journalistes et de gendarmes. « Mon tracteur et ma presse, ça fait 18 tonnes. Celui de mon frère pèse 6 tonnes », a détaillé ce mercredi à la barre l'aîné âgé de 28 ans.

Cet éleveur comparaissait devant le tribunal correctionnel de La Rochelle pour mise en danger de la vie d'autrui et vitesse excessive. Mineur au moment des faits, son cadet sera jugé ultérieurement. Leur tort ? Avoir croisé au beau milieu des champs une « caravane citoyenne » du collectif BNM. Ses militants entendaient ce jour-là vérifier le respect des restrictions d'irrigation en présence de la presse et sous l'œil des forces de l'ordre. Les deux agriculteurs n'ont, eux, pas levé le pied en croisant leurs véhicules.

La presse du prévenu aurait manqué de basculer sur les voitures de tête après un virage trop vite négocié. Au second passage, le cadet finira par embrocher le véhicule d'un journaliste avec sa fourche télescopique. « Cette voiture a été transpercée de part en part. Ça n'est pas une éraflure, a résumé la présidente du tribunal. S'il y avait eu un passager, vous ne seriez jugé ici mais devant les assises… »

Un combat acharné entre irrigants et anti-bassines

Ce « procès excessif », selon Me François-Edouard Andouard, l'avocat du prévenu, résonne particulièrement en Charente-Maritime, dans les Deux-Sèvres et dans la Vienne. Depuis 2017 s'y joue un combat acharné entre irrigants et anti-bassines. Seize réserves de substitution — leur dénomination officielle — réparties sur la Sèvre niortaise et le Mignon doivent y être érigées pour stocker l'eau et faciliter l'irrigation des cultures. Coût estimé : près de 60 millions d'euros dont 70 % provenant de fonds publics, au bénéfice de 220 exploitations agricoles. Au cœur de la deuxième zone humide de France seront ainsi puisés jusqu'à 12,7 millions de m3 d'eau, en été comme en hiver, dans les nappes et les rivières. Les premiers travaux sont annoncés pour le printemps prochain bien que tous les recours n'aient pas encore été jugés.

Cette situation attise les tensions et fait craindre « une guerre de l'eau ». Irrigants comme opposants au projet dénoncent régulièrement les injures, intimidations ou menaces du camp adverse. En juillet 2020, la mairie d'Amuré (Deux-Sèvres) était ainsi taguée et dégradée par un mystérieux groupe baptisé « les tritons masqué-e-s ». Chez les exploitants agricoles, les plaintes pour dégradations de matériel se multiplient. « Des animaux morts sont déposés devant nos portes. Des pétards sont jetés dans nos jardins. Il faut mettre un coup d'arrêt à ces agressions », rétorque Nicolas Beauvillain, autre porte-parole de BNM.

« Vous auriez dû vous arrêter, mais vous avez accéléré ! »

Le prévenu jugé ce mercredi à La Rochelle réfute, lui, tout geste intentionnel : « Nous n'étions pas au courant de cette manifestation. C'est vrai que je roulais un peu vite mais c'est un accident. Je n'irrigue même pas ! » « La personne chez qui il travaillait ce jour-là bénéficiera de ces bassines », a relevé Julien Le Guet avant de témoigner de la peur ressentie face aux engins agricoles. « Ils nous ont frôlé à moins de 10 cm. Au premier passage, il y a eu des doigts d'honneur, a-t-il narré. Au deuxième passage, j'ai cru que les copains allaient sortir de leurs voitures. J'ai crié… » Pourquoi le prévenu a-t-il fait demi-tour et croisé une seconde fois cette « caravane citoyenne » ? « J'avais oublié de compter un tas de paille pour organiser le transport, près de 440 ballots », a-t-il avancé.

Avocat des militants de BNM, Me Nathanaël Ormillien a dénoncé « un comportement irresponsable. La sanction doit marquer l'interdit pour apaiser les tensions ». Le parquet a requis 8 mois de suspension du permis de conduire et 300 euros d'amende : « Vous auriez dû vous arrêter, mais vous avez accéléré ! » Une analyse qu'a réfutée Me François-Frédéric Andouard. L'avocat du jeune agriculteur a ainsi dénoncé « un procès en sorcellerie » justifié « par le risque d'embrasement de nos campagnes ». « Les gros tracteurs, ça fait peur à tout le monde, a-t-il ironisé. Mais dans les campagnes, c'est normal d'en croiser ! » Mis en délibéré, le jugement sera connu le 10 février.

Source: leparis

You may like

Sports 2020-09-18T06:31:51.705Z
News/Politics 2020-12-04T13:05:57.987Z

Trends 24h

Latest

© Communities 2019 - Privacy