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Un procès ultramédiatisé et commenté : pourquoi l’affaire Daval fascine

2020-11-21T18:01:33.229Z

Le procès de Jonathann Daval, condamné ce samedi à 25 ans de réclusion pour le meurtre de son épouse Alexia en octobre 2017, a été à l’aune


Il y a cet internaute qui, à la veille du verdict de la cour d'assises de la Haute-Saône, prévenait sur Twitter : « Si Daval prend moins de 30 ans je comprendrais plus rien à la justice française. » Un espoir d'extrême sévérité tranchant avec des avis plus nuancés : « Je ne pense pas que J. Daval soit un tueur patenté qui mérite de croupir en prison. La cause se trouve dans des troubles profonds de la personnalité », estimait ce samedi 21 novembre à la mi-journée un autre twitto. Vendredi, une internaute prénommée Séverine tenait à recadrer les débats : « Cette femme a été étranglée, elle est morte sous les coups de son mari, son corps a été brûlé. Rien ne peut justifier cela. Alexia est la victime. Son mari, l'accusé. Il est vivant. Elle est morte. Ça suffit » écrivait-elle en affichant le hashtag #féminicide.

Ces exemples, puisés dans un océan de commentaires et d'opinions, illustrent combien le procès de Jonathann Daval, condamné ce samedi à 25 ans de réclusion pour le meurtre de sa femme Alexia en octobre 2017, a agité toute la semaine les réseaux sociaux. L'histoire fascine. Ce samedi, l'écrivaine et réalisatrice Yasmina Reza était présente à Vesoul, « par curiosité ». Le « type même de fait divers dramatique », comme l'a qualifié l'expert psychiatre Daniel Zagury, captive depuis la disparition d'Alexia simulée par son meurtrier de mari. Et le sujet « fait vendre ».

Les médias en ont eu confirmation depuis lundi. BFM a fait un carton avec ses quatre épisodes de « Daval, la série » et les articles sur le site du Parisien ont été consultés par des centaines de milliers de lecteurs. A l'approche du procès, le service public aussi a joué la carte Daval (2 millions de téléspectateurs devant « Envoyé spécial » le 12 novembre ) et TF 1 a enregistré un de ses records historiques (5,31 millions) pour « Sept à Huit » dimanche dernier.

Une normalité apparente qui facilite l'identification

Comment expliquer la fascination suscitée par le procès de Jonathann Daval? Michel Lejoyeux, professeur de psychiatrie, rappelle une première évidence. « Si cette affaire intéresse autant, cela tient au moins en partie au contexte général, pose en préambule l'auteur des « Quatre Temps de la renaissance » (Ed. JC Lattès, 198 p., 19,90 euros) paru cette année. Le procès agirait presque comme un facteur de distraction morbide dans un moment où l'actualité est saturée par le Covid ».

Ceci énoncé, le praticien aborde le deuxième point essentiel. « C'est l'extrême normalité apparente des protagonistes, parfaitement insérés dans la société, sans antécédents judiciaires, développe le professeur Lejoyeux. Cela facilite le processus d'identification. Nous regardons la famille d'Alexia et devinons l'histoire de ce jeune couple qui s'est délité. Ensuite, nous nous disons qu'en comparaison, ça va quand même mieux chez nous. Il s'agit d'une forme de réassurance par contraste. »

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Le psychiatre relève un autre aspect singulier de ce fait divers, la diversité des points de vue possibles. « Certains vont se projeter dans la psychologie de l'accusé, d'autres se mettre à la place de la victime, quand la génération plus âgée va s'attacher aux parents d'Alexia. » Histoire vraie aux ressorts dramatiques universels (violence, douleur d'une famille, trahison…), l'affaire Daval captive aussi par ses allures de feuilleton suscitant compassion et rejet au gré des revirements de l'accusé.

«Le vertige de l'affaire Daval»

Réalisateur et scénariste d'une trentaine d'années, Noé Weil s'y est intéressé pour la première fois ces derniers jours. Connaisseur des processus d'identification aux personnages de fiction, il développe un point de vue personnel sur l'accusé. « Jonathann Daval incarne une figure de meurtrier très originale, estime-t-il. Il apparaît comme un homme tellement faible, tellement incapable de s'opposer et d'exprimer son désaccord, qu'il finit par tuer. Il se dissimule ainsi sous une apparence faite de douceur et de fragilité. A tel point que les observateurs que nous sommes finissent par s'interroger sur eux-mêmes : et si au fond de moi sommeillait un potentiel meurtrier? Et si mes petites faiblesses intimes, un jour, débouchaient sur une envie de tuer? C'est ça le vertige de l'affaire Daval ».

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Question de génération peut-être, l'acteur et réalisateur Yves Rénier avoue lui s'être attaché principalement aux parents d'Alexia. « La famille Fouillot est une famille très française, ancrée dans la ruralité, dans une commune où ils tiennent une place centrale, le bar-tabac, observe-t-il. La mère, en particulier, s'impose comme une grande figure shakespearienne qui embrasse la fatalité et son destin avec une grande dignité et un grand courage. Elle a notamment cette force qui consiste à maintenir le dialogue avec Jonathann ».

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Cette histoire vraie peut-elle inspirer une œuvre de fiction ? Josée Dayan, réalisatrice, scénariste et productrice, n'y pense même pas. « Cette affaire est tellement sordide, souffle-t-elle. L'affaire Daval, c'est une histoire de cul avec un homme impuissant qui massacre sa femme avant de se réfugier en pleurant chez ses beaux-parents pendant trois mois. On ne peut avoir aucune empathie pour cet homme. En tant que metteur en scène, je n'ai pas envie de filmer cette histoire-là. »

Le «déballage» et la «justice spectacle»

Si le procès de Vesoul a fédéré intérêt et passions − le président de la cour d'assises a reçu une quantité non négligeable de messages formulant telle ou telle hypothèse sur l'affaire −, son traitement et son exposition médiatique a aussi entraîné des critiques, parfois vives. « J'ai masqué tout ce qui concerne l'affaire Daval. Je n'en pouvais plus de ce déballage », avouait une twitto jeudi. Un déballage qualifié par certains de glauque, obscène, outrancier.

Des magistrats et avocats ont aussi déploré une « justice spectacle ». « Les parents Fouillot, parties civiles qui donnent régulièrement une itw au cul du camion en présence de leur conseil. On rêve. L'impudence, une notion oubliée », s'est étranglé sur Twitter l'ancien président de cour d'assises Dominique Coujard. Me Sophie Obadia, avocate parisienne, s'est, elle, dite « effarée » sur C News par un entretien entre un avocat et sa cliente devant les caméras.

Sophie Obadia, avocate, sur le procès de Jonathann Daval : «Je suis effarée de la manière dont ça se déroule (…) C’est gravissime ce qu’il se passe, je suis révoltée par ce que je vois» #MidiNews pic.twitter.com/ownUhKsXVU

— CNEWS (@CNEWS) November 19, 2020

« Remettons les choses à leur place », réagit l'intéressé, Me Gilles-Jean Portejoie, conseil notamment d'Isabelle Fouillot, la mère d'Alexia. « Les débats se déroulent à l'intérieur de la cour d'assises, tout à fait sereinement. A l'extérieur, lors des suspensions, la presse, qui fait partie du procès pénal, est là. Il y a des sollicitations, nous y répondons de façon légitime », souligne-t-il en décelant « des jalousies » dans certaines critiques.

Surtout, le pénaliste rappelle l'origine, à ses yeux, de cette médiatisation que d'aucuns jugent extravagante ou déplacée : « Dans cette affaire, c'est le futur accusé qui a pleuré devant les caméras et fait appel à l'opinion publique trahie ensuite », note Me Portejoie. Un rôle que résume cette internaute : « Daval a tout fait pour donner une dimension extraordinaire à cette affaire. Qu'il assume. » Impassible samedi à l'énoncé du verdit, l'accusé a fait savoir une heure plus tard par la voix de sa défense qu'il ne ferait pas appel. Nul doute qu'un deuxième procès aurait été de nouveau abondamment commenté.

Source: leparis

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