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La nature est-elle vraiment la grande gagnante de la pandémie de Covid-19 ?

2020-03-25T20:55:12.639Z

Le confinement de près de 3 milliards d'êtres humains offre un répit à la planète, mais ne peut pas être une réponse au réchauffement climatique.


Des dauphins observés en Sardaigne, un puma photographié dans les rues désertes de la capitale chilienne, les eaux limpides du Grand Canal de Venise... Ce mercredi 25 mars, plus de 3 milliards d'êtres humains sont confinés à travers le monde en raison de la pandémie de Covid-19 qui a tué plus de 20.000 personnes à ce jour. Aux quatre coins du globe, les mêmes scènes : les usines fermées, les rues vides et les aéroports à l'arrêt. Une situation dramatique qui conduit, de fait, à une baisse drastique des activités humaines et qui offre, in fine, un peu de répit à notre planète.

À lire aussi : Comment l’épidémie de Covid-19 a submergé la planète

Baisse spectaculaire des émissions de CO2

L'une des premières conséquences positives à faire jour dans l'obscurité générale est la chute spectaculaire des émissions CO2. D'un point de vue économique, l'effondrement de la demande, les interdictions de voyage et la fermeture des usines est un cauchemar. Pour l'environnement c'est une bénédiction. Sur le mois de février, les émissions chinoises de dioxyde de carbone ont chuté de 25%, soit 200 millions de tonnes, comparées à la même période en 2019, selon le Centre de recherche sur l'énergie et l'air pur (CREA). Cette baisse est équivalente aux émissions annuelles de CO2 de l'Argentine, de l'Égypte ou du Vietnam. Selon les experts, la mortalité du Covid-19 en Chine sera inférieure à la celle évitée par la baisse de la pollution atmosphérique, estimée à environ 1,1 million de morts chaque année.

À lire aussi : L'épidémie de coronavirus fait chuter les émissions de gaz à effet de serre en Chine

Le ralentissement chinois a également entraîné une baisse de 36% de consommation de charbon dans les centrales électriques en Chine, avec un effondrement quasi équivalent de la consommation de pétrole dans les raffineries. Côté transport aérien, la paralysie quasi totale du secteur contribue à réduire ses importantes émissions de CO2. Selon les premiers éléments, cette baisse a été de 4,3% pour le mois de février, mais s'annonce encore plus importante pour le mois de mars.

Au-delà de la Chine, les mesures de confinement prises en Europe, et notamment en France depuis le 17 mars, commencent également à montrer leurs effets. À Paris, on observe une nette amélioration de la qualité de l'air, selon un premier bilan d'Airparif publié ce mercredi. Sur la semaine du 16 au 20 mars, comparé à d'autres mois de mars, l'association de surveillance de la qualité de l'air en Île-de-France a ainsi relevé «une amélioration de la qualité de l'air de l'ordre de 20 à 30% dans l'agglomération parisienne, consécutive à une baisse des émissions de plus de 60% pour les oxydes d'azote». «Malgré une augmentation du chauffage résidentiel, cette baisse est liée en grande partie à la forte diminution du trafic routier et aérien», avec la mise en place du confinement. «En 40 ans de mesure d'Airparif, cette situation n'est jamais arrivée de manière aussi importante et sur autant de stations».

Les animaux sont de retour

Et d'autres effets positifs sont visibles avec la crise du Covid-19 : un renouveau de la biodiversité. La baisse du trafic maritime dans le port de Cagliari, en Sardaigne, a permis le retour des dauphins. Une première depuis de nombreuses années.

Toujours en Italie, à Venise, les eaux du Grand Canal, débarrassées du ballet incessant des bateaux et des gondoles, sont devenues limpides en raison de l'arrêt du commerce des bateliers.

Les eaux limpides de Venise. ANDREA PATTARO / AFP

En France, outre les oiseaux qui profitent allègrement des rues parisiennes désertes, le parc national des Calanques, près de Marseille, a vu une fréquence d'animaux quasi inédite ces derniers jours. Des puffins, des fous de Bassan, un héron cendré de passage, des dauphins, et des thons ont été aperçus par les agents du parc en patrouille en mer dans les zones interdites à la pêche, relate France 3.

De l'autre côté de l'Atlantique, au Chili, un puma qui avait abandonné les montagnes entourant Santiago du Chili à la recherche de nourriture a été observé, mardi, dans les rues désertes de cette ville, où un couvre-feu nocturne est en vigueur depuis dimanche.

Un puma aperçu dans les rues de Santiago du Chili. ANDRES PINA / AFP

Autre bonne nouvelle pour les animaux, la Chine a décidé, le 24 février, d'interdire «complètement» le commerce et la consommation d'animaux sauvages.

Gare au rebond

Mais les effets de la baisse d'activités humaines sont-elles une bonne nouvelle pour le climat ? À court terme, certainement. Sur le long terme, cela pourrait être un désastre. Car le répit pourrait être de courte durée, selon des experts qui s'attendent à ce que l'ensemble des économies tentent, une fois la crise passée, de rattraper le retard pris en début d'année. Contacté par Le Figaro, François Gemenne, spécialiste des questions de géopolitique de l'environnement, chercheur à l'université de Liège et membre du GIEC, met en garde contre une future «catastrophe pour le climat».

À lire aussi : Coronavirus: bilan, symptômes, traitements, restrictions... Toutes les réponses à vos questions sur l’épidémie de Covid-19

«Sitôt la crise terminée, le rebond économique sera très fort. C'est le cas après chaque crise dans l'histoire moderne. Or, le climat n'a pas besoin d'une année blanche, mais d'une baisse des émissions de gaz à effet de serre soutenue», détaille François Gemenne. Autre point d'inquiétude pour le chercheur : «la volonté des gouvernements de soutenir les industries fossiles pendant cette crise». «Les dirigeants remettent une pièce dans la machine en annonçant des plans de relance pour les secteurs les plus touchés, à savoir les entreprises pétrolières, aériennes, gazières ou minières. Il semble qu'on loupe encore une fois la possibilité de planifier une économie bas- carbone, alors que les cours du pétrole sont au plus bas», poursuit-il.

Enfin, François Gemenne met en avant le risque que «beaucoup» de gouvernement profitent de cette crise pour «remettre en cause les mesures de lutte contre le réchauffement climatique». À titre d'exemple, la République tchèque et la Pologne demandent déjà l'abandon du Green New Deal européen. «Surtout, les mesures de confinement actuelles risquent de donner aux gens l'idée que la lutte contre le changement climatique demande l'arrêt complet de l'économie. Et plus tard, je doute fort qu'on se dise : "Ah, mais c'était super pour le climat, le confinement". Attention à cette rhétorique qu'on entend beaucoup : "Appliquons pour le climat les mêmes mesures que pour le Covid-19", ou encore "l'épidémie est une répétition générale avant le changement climatique". C'est irresponsable et dangereux», poursuit-il.

À lire aussi : La pollution de l’air aggrave-t-elle vraiment la sensibilité au coronavirus?

Et de conclure : «La crise du coronavirus et le changement climatique ont certes beaucoup de points communs, mais sont fondamentalement différents : pour l'instant, la pandémie touche surtout les pays industrialisés. Le changement climatique, c'est l'inverse».

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Source: lefigaro

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