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Harcèlement moral, sexisme : à «Stade 2», l’heure des sanctions

2020-08-01T19:14:58.201Z

Trois licenciements et un blâme ont été requis contre des membres du service des sports de France Télévisions à la suite d’un audit lancé ap


Trois exclusions du terrain et un carton jaune. Au service des sports de France Télévisions, beaucoup ne l'avaient pas vu venir. Trois journalistes vont être licenciés, et un quatrième recevra un blâme, à la suite d'une enquête interne qui a mis en évidence des faits de harcèlement moral, et des comportements sexistes, notamment à « Stade 2 ». Le journal l'Equipe, qui a révélé cette information vendredi 31 juillet, avait été à l'origine du séisme en donnant début avril la parole à Clémentine Sarlat, co-présentatrice de l'émission en 2018. « J'allais à Stade 2 en pleurant », avait révélé celle-ci, se disant victime d'un isolement presque total lors de son retour après un congé maternité.

Les noms des personnes limogées n'ont pas été révélés publiquement, mais ils disent le poids d'une tradition qui fait la part belle au bizutage permanent et brutal, et le goût des blagues sexistes, même si aucun cas de harcèlement sexuel n'est apparu dans l'enquête, lancée après le témoignage de Clémentine Sarlat.

Une culture de «vestiaire masculin très permissif»

Le cabinet d'audit externe qui l'a réalisée a entendu 115 personnes du service des sports de France Télévision, toutes catégories confondues. La présentation de ses conclusions aux salariés le 24 juin, via l'application Zoom, télétravail oblige, a secoué. « C'était assez violent. Tout le monde était sous le choc. Ça allait bien au-delà du cas de Clémentine Sarlat. La restitution du climat de toutes ces années a été terrible », raconte Antoine Chuzeville, journaliste sportif dans le groupe et délégué syndical SNJ.

Les sports à France Télévisions, c'est 60 journalistes dont… sept femmes. Qui en ont bavé. Une reportrice d'image qui a pris sa retraite évoque « un monde exclusivement de mecs, dans lequel une femme a forcément mauvais caractère ». Une culture de « vestiaire masculin très permissif ». La seule qui semble y avoir en partie échappé, Céline Géraud − qui n'a pas répondu à nos sollicitations −, présentatrice de « Stade 2 » de 2013 à 2017 et ancienne championne d'Europe de judo, avait son palmarès pour mettre ippon les mâles dominants du service.

Un esprit symbolisé par Pierre Salviac

« Stade 2 », son univers impitoyable. Dès sa création en 1975, l'émission est un club exclusivement masculin où chambrer en direct son voisin de plateau, parfois violemment, devant des millions de téléspectateurs, est un jeu dominical. Des grandes gueules, passionnées, sans limites. Il resterait un parfum − pas toujours délicat − de cet esprit symbolisé par Pierre Salviac, grande voix du rugby, capable de refuser une journaliste d'images sur un reportage, lui qui avait tweeté, lors de l'élection de François Hollande, sur Valérie Trierweile r : « A toutes mes consœurs, baisez utile… »

S'il a quitté France Télévisions il y a des lustres, cette figure reste tutélaire : « J'entends souvent parler de Pierre dans l'équipe… Il y a une nostalgie », témoigne un journaliste. Pour le meilleur et le pire. « Ça fait trente ans que c'est beaucoup plus dur pour les consœurs que pour les confrères », résume Antoine Chuzeville.

«Il a fallu Clémentine Sarlat pour que ça bouge»

Florilège. Un été où de jeunes femmes en CDD proposent un sujet sur la boxe féminine, réponse du rédacteur en chef devant toute l'équipe : « Pas question. Les femmes ne sont pas faites pour combattre mais pour être caressées ». « Salope ménopausée » pouvait être balancé dans le dos d'une collègue. Ou, devant elle, « On voit ta culotte, Aubade ». Avec des rédacteurs en chef riant très fort.

En 2013, un tract pour la parité diffusé par le SNJ ne rencontre aucun écho. « La direction s'en fichait. Les attitudes sexistes n'étaient jamais sanctionnées, se souvient Antoine Chuzeville. On a laissé pleurer des consœurs dans leur bureau après des réflexions dégradantes. Certaines ont préféré partir. Il a fallu Clémentine Sarlat pour que ça bouge. Combien de précaires, pigistes ont gardé pour elles les réflexions et humiliations encaissées. Mon dernier signalement de maltraitance date de juillet 2019… ».

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Les habitudes ont la vie dure. Alors les licenciements, voulus par Delphine Ernotte, la patronne de France Télévisions tout juste reconduite pour un nouveau mandat, et qui prône « la tolérance zéro » en matière de discrimination, ont frappé les esprits. Trop fort? Le Syndicat national des journalistes, qui a pourtant œuvré pour ces signalements, évoque « des sanctions très ciblées, pour certaines disproportionnées ». Pourquoi un seul rédacteur en chef sanctionné sur les seize que compte le service des sports, grincent certains, quand plusieurs étaient les premiers à rire de ces blagues très douteuses?

Je salue le courage de @ClemSarlat d'avoir brisé la loi du silence. Les victimes doivent oser parler et les harceleurs cesser d'agir dans l'impunité. Merci à @DelphineErnotte d'avoir pris les mesures qui s'imposaient. Le service public doit être exemplaire ! https://t.co/hMCGkLiXsL

— Élisabeth Moreno (@1ElisaMoreno) August 1, 2020

La direction s'abrite derrière le fait que très peu de personnes ont eu accès à l'ensemble des 115 témoignages. La ministre chargée de l'Egalité entre les hommes et les femmes, Elisabeth Moreno, a remercié Delphine Ernotte « d'avoir pris les mesures qui s'imposaient », ce samedi sur Twitter. La rédaction des sports est à cran, certains crient à l'injustice, d'autres ont peur de passer pour des balances. « Stade 2 » fête ses 45 ans. Un anniversaire à la « Festen ».

Source: leparis

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