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Coronavirus : avec les masques, le début d’une vie sans sourires

2020-05-23T06:17:30.698Z

Depuis que nous sommes tous ou presque masqués, les sourires ont disparu de la circulation dans l’espace public, ce qui peut avoir un impact


Il protège du virus et rassure nos voisins dans la rame de métro. Mais le masque, qu'il soit bariolé ou uni, lavable ou jetable, fait, aussi, disparaître les sourires en chair et en muscles! Dans les magasins, collèges, transports en commun ou dans la rue, ce signe de bienveillance plus ou moins sincère, force vive de ce que les experts appellent la « communication non verbale », s'est envolé.

Désormais, ce n'est plus en vrai qu'il s'affiche, mais de manière artificielle, dessiné sur le morceau de tissu. Avec cette perte (pour le bien de notre santé), c'est toute une partie de nos émotions faciales qui s'éclipsent. Car les risettes et parfois les fossettes, qui apparaissent dès les premières semaines du nourrisson, ont de multiples facettes.

« Le sourire permet souvent de jouer le rôle de lubrifiant social », résume la sémiologue Elodie Mielczareck, spécialiste, notamment, du langage corporel. Un simple mouvement des lèvres est capable de transmettre bien d'autres informations. « Contrairement à ce que l'on pense, le sourire est moins associé à l'expression de la joie qu'à une situation qui nous échappe. Il n'existe pas moins de 19 classes de sourires différents, allant de la peur à la soumission, en passant par le fameux sourire énigmatique de Mona Lisa », explique l'auteure du livre « La Stratégie du caméléon » (Ed. Le Cherche Midi), qui fait la part belle à la communication non verbale.

«Cela engendre de la défiance»

Cette dissimulation de tout un panel d'émotions peut avoir un impact sur nos échanges avec nos congénères croisés à un arrêt de bus, une cour de récré ou un rayon de produits frais. « Ne pas voir le sourire de votre interlocuteur vous déstabilise, car vous pouvez plus difficilement vous faire une représentation de ses intentions », décrypte-t-elle.

« Accompagné d'autres signaux comme les bras ouverts, le sourire fait partie de l'accueil. Quand on n'a plus cet élément, cela peut créer un malaise : on reçoit un message dont on n'est pas sûr », souligne de son côté la psychosociologue Dominique Picard, auteure de « Politesse, savoir-vivre et relations sociales » (Que sais-je ?). « Concrètement, quand un sourire est associé à des petits yeux qui pétillent, cela veut dire que la personne est contente de me voir. Quand on aperçoit seulement les petits yeux qui pétillent, cela peut signifier qu'elle se moque de moi », poursuit-elle.

Clignement des yeux, geste de la main, d'autres moyens d'expression

Cet effacement du tressaillement labial est susceptible d'engendrer de l'incertitude dans un climat déjà angoissant lié à la pandémie. Le bâillonnement de nos bouches réveille également notre « imaginaire ». « Dans une société comme la nôtre qui vit au rythme de la télésurveillance, le visage masqué renvoie au larcin, au vol et au cambriolage. C'est perçu comme un indicateur négatif souvent lié à l'agression physique et à la violence », rappelle Elodie Mielczareck.

Selon elle, « le fait de ne pas pouvoir accéder aux émotions et à l'état intérieur d'autrui vient nécessairement élever notre niveau de vigilance et d'anxiété ». « Sans aller jusqu'à dire que nous allons vers une société plus triste, il est certain que nous accentuons une société de la défiance », analyse-t-elle.

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VIDÉO. «Je ne peux plus lire sur les lèvres» : le Coronavirus isole les personnes sourdes et malentendantes.

La mise sous cloche de dizaines de millions de sourires dans les « relations de civilité » en dehors de la maison peut tout de même être compensée. « En accentuant les autres signes d'expression du corps comme les clignements des yeux ou un geste de la main pour dire au revoir quand on est à la caisse d'un supermarché », avance Dominique Picard. Pour Élodie Mielczareck, cette disparition peut être corrigée par l'intonation et la hauteur de la voix comme le débit de la parole.

« D'un point de vue verbal, il va sans doute y avoir une présence accrue de tous ces éléments du langage qui visent à vérifier que le message passe bien : Vous voyez ce que je veux dire ?C'est clair pour vous ?Vous me comprenez ? » précise-t-elle. A ses yeux, les citoyens masqués dans l'espace public pourraient même faire preuve d'une « capacité plus forte à nommer leurs propres émotions » en disant « Je trouve ça drôle », « Je ne suis pas d'accord » ou « Je suis touchée par ce que j'entends ».

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Source: leparis

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